Gregory Bateson a repris le concept de type logique (voir ci-dessous) développé par le mathématicien Russel pour l’appliquer au monde de la communication et de la vie en général. Conscient de ce que cette application s’écarte de la notion logique et mathématique de Russel, le célèbre anthropologue introduit une distinction tout à fait intéressante en mettant en évidence que dans la communication on peut distinguer le message proprement dit du message à propos du message. Un animal qui joue peut simuler le comportement d’agression. L’animal qui lui fait face distinguera le cadre ludique et ne se sentira pas menacé. Cette communication à propos de la communication, appelée méta-communication trace un cadre qui influence le sens de la communication proprement dite. Ce niveau influence et inclut le niveau de la communication.
On parle souvent ici de niveaux de communication mais ce terme induit une métaphore spatiale qui place le méta-niveau au-dessus du niveau de base alors qu’en réalité il l’inclut. En incluant le niveau de communication de base, le méta-niveau l’influence et le transcende. En effet, de nouvelles propriétés peuvent émerger qui diffèrent radicalement de celles du niveau de départ. Cette distinction de couches qui englobent les précédentes définie par Bateson est parfois appelée hiérarchie naturelle. On distingue ainsi la notion de niveau logique de Bateson de celle de Russel qui elle est purement logique et mathématique.
La théorie des types logique de Russel
La notion de type logique induit le concept de classe et de classification. Un ensemble d’éléments ayant des caractéristiques communes peuvent être rassemblés pour former une classe d’éléments partageant les mêmes caractéristiques. La classe des éléments ainsi formée est d’une type logique différent de celui des éléments proprement dit.
L’univers peut être rangé en classes. Le langage en est une matérialisation. Le mot chat représente la classe des chats. L’adjectif rouge désigne tout ce qui est rouge (ou qui nous apparaît comme tel). La théorie de Russel coupe court à la notion d’auto-référence en excluant explicitement qu’une classe soit membre d’elle-même. Ainsi le mot chat n’est-il pas un chat et le mot rouge n’est pas rouge. On en vient ici à penser à Korzybski et son fameux « la carte n’est pas le territoire » qui met l’accent sur le fait que le mot qui décrit une chose n’est pas cette chose. Confondre les deux revient, dans un restaurant, à manger la carte du menu au lieu du menu lui- même !.
La difficulté surgit lorsque l’on s’interroge sur la classe en tant que telle. Si on suit le raisonnement de Russel, une classe ne peut être membre d’elle-même. La classe des chaises n’est pas une chaise. On peut dès lors conclure que la classe des chaises fait partie de la classe des non-chaises au même titre qu’une voiture, un sorbet aux fraises, etc. Cette option est également rejetée par Russel qui déclare qu’une classe ne peut être membre de sa non-classe. Dans l’exemple de la classe des chaises, cette classe ne peut donc être rangée dans la classe des non-chaises.
La notion de classe définit ainsi un niveau logique supérieur par rapport à ses éléments. L’apport de Russel est donc de créer cette distinction de niveau qui permet d’éviter le paradoxe du Crétois qui déclare que tous les Crétois sont menteurs.